Les Kurdes et Erdogan: l’Euphrate turc est le nouveau Rubicon

En franchissant la frontière syro-turque, et plus particulièrement l’Euphrate d’ouest en est, le président turc Recep Tayyip Erdogan a trouvé son Rubicon, et il a nommé cette opération “Peace Spring” (printemps, ou source, de paix? On attendra d’avoir la traduction officielle). Il a également déclenché l’anéantissement des Kurdes de Syrie, qui eux subissent ce franchissement avec une angoisse existentielle: vont-ils sauver leur petit État autonomne de Rojava dans ses 49 000 km2? La combativité de leurs forces armées ne fait pas de doute: les YPG (Unités de protection populaire) sont composées de Kurdes auxquels sont adjoints des milices tribales arabes et parfois yazidis et chrétiens. Tous ensemble ces groupes forment les Forces Démocratiques Syriennes.

Toutes sortes de témoignages discordants décrivent les YPG comme de valeureux défenseurs de leur nation kurde, ou de leur nation pluri-nationale, ou de leur utopie marxiste. Car les YPG sont affiliés au parti PYD, lui-même affilié au PKK en Turquie voisine.

Aucun gouvernement turc n’a jamais pu tolérer le nationalisme kurde. Après avoir longtemps séparé les Kurdes conservateurs des Kurdes marxistes, Erdogan avait réussi à calmer les remouds dans le Kurdistan turc (expression géographique quasiment diabolique pour la plupart des oreilles turques), en s’intéressant aux conservateurs. Mais la magie se rompt depuis plusieurs années, et Erdogan voudrait assécher et saucissonner tout Kurdistan occidental, c’est-à-dire son Kurdistan turc et le Kurdistan syrien — le Rojava — réunis. C’est même pour cela qu’il avait entretenu d’excellentes relations avec le Kurdistan d’Irak, la partie orientale de cette nation kurde évanescente.

Alors attendons-nous aux issues les plus osées de la part du président turc. Annexion d’une frange frontalière de 30 km; transfert de 2 millions de réfugiés syriens en Turquie vers cette zone dans un magnifique Petit Remplacement démographique; une incursion limitée comme démonstration de force. Cependant, lorsqu’on joue avec le feu, on doit se rappeler de Sarajevo 1914: l’Empire austro-hongrois envahit la Serbie et continuera d’y guerroyer pendant trois ans, sur un théâtre totalement éclipsé par les autres fronts de la France et Flandre, de l’Italie du nord, de la Russie, et du Bosphore.

Une petite différence entre la situation actuelle et celle de 1914: aujourd’hui aucune super-puissance ne souhaite l’épreuve finale, et personne ne s’y attend vraiment. Ouf! Il s’agit surtout du Rubicon d’Erdogan qui ne sera jamais plus un allié authentique pour les Occidentaux qui eux devront apprendre à être moins pusillanimes au Moyen-Orient.

Le Plan économique américain pour la Palestine: impossible d’y croire

Le Peace for Prosperity Workshop (https://www.whitehouse.gov/peacetoprosperity/overview/) : un exercice de FLOU TOTAL numérique. Il n’y a aucun site Web de la conférence à Manama! Ni de compte Facebook. Jared Kushner, le conseiller senior de la Maison Blanche, ne tweete pas. Donc aucune trace officielle de cet évènement. Les articles de presse pourront toujours être reniés par les participants. En temps normal, toutes les conférences, tous les sommets, et même les colloques, ont une trace numérique qui leur est propre.

 
C’est sans doute tout aussi bien ainsi: le sommet a accouché d’une souris. En plus de véhiculer quelques idées douteuses. Par exemple: il propose un paquet de 50 mds $ sur plusieurs années pour la RÉGION: Liban, Jordanie, Palestine, Égypte. Il y aura 28 mds $ pour la Palestine. 
 
Mais il y a un an, la Maison Blanche coupait toute aide publique à l’Autorité palestinienne, soit plus de 200 M$ / an, en 2018. Et maintenant Jared Kushner propose des fonds impressionnants — mais strictement financés par le secteur privé! Les opportunités, bien sûr, vont attirer le secteur privé.
 
Côté politique palestinien, l’on se demande: comment faire venir de l’investissement étranger sans clarté juridique? Les Britanniques ont perdu des investissements à cause du Brexit rampant, alors l’on peut aisément imaginer la situation pour les Palestiniens sans même un accord avec l’État d’Israël.
 
Le conseiller Kushner  aura oscillé entre l’immaturité diplomatique, et la pure fantaisie. Il y a un Plan POLITIQUE, qui sera dévoilé ultérieurement, c’est-à-dire après les élections israéliennes générales de septembre. Sans consulter les Palestiniens, l’on se demande ce que réserve ce volet-là du plan: amateurisme, révolution? Les rumeurs avancent le fait que Donald Trump rendrait Jerusalem Est à l’Autorité palestinienne, mais alors ces rumeurs sont si hors normes que l’on hésite à y croire. Rien, au final, n’est réellement sérieux dans ce dossier, à part la suppression de l’aide pubique américaine aux Palestiniens.
 
 
 

Retour sur 20 ans de dérives antisémites qui auraient pu être évitées

paru dans Atlantico.fr

Depuis le supplice d’Ilan Halimi en 2006 jusqu’aux insultes à l’encontre d’Alain Finkielkraut et des profanations de tombes juives de ce mi-février 2019, le traitement étatique de l’antisémitisme est parsemé d’erreurs et de glissements. Mais il ne faut pas fustiger le gouvernement actuel: le mécanisme est lancé depuis 20 ans.

https://bit.ly/2U5ti12

D’abord, en 2000 le processus de paix d’Oslo est tombé en miettes. Yitzhak Rabin assassiné, la droite anti-Oslo israélienne prit le pouvoir pour couler cet accord honni. Au grand plaisir du Hamas qui rejettait, pour des raisons contraires, Oslo. On oublie le climat de paix et de coexistence qui germait entre Palestiniens et Juifs israéliens dans l’ambiance Oslo. La coopération policière. La nette baisse des attentats anti-israéliens.

Une certaine embellie se produit à Paris alors à Paris en cette fin des années 90. Les vendeurs arabes sur les marchés me disent Shona Tova, parce que je portais une casquette (c’était avant la mode des chapeaux, ça faisait “feuj”). Bouteflika faisait des ouvertures envers le fait israélien. Les touristes israéliens essaimaient en Cisjordanie, Jordanie, Égypte (surtout Sinaï) et Turquie. En Cisjordanie les ONG américaines épaulaient l’Autorité nationale palestinienne. Les joint ventures israélo-palestiniennes prolifèrent. Le sionisme, et aussi l’antisionisme, ne sont pas des sujets à la mode.

La reprise à la fois de la tension, du terrorisme islamiste et de la colonisation rampante israélienne, amena en 2000 l’intifada 2 qui ne devait s’arrêter qu’en 2006. Passons sur l’inextricable “à qui la faute”.
Le 11 septembre 2001 marqua le début d’un funeste réveil identitaire arabo-musulmane de mauvais aloi en France, et aussi en Belgique, en Angleterre.  Les foulards islamiques et les barbes en collier se multiplient dans plusieurs arrondissements de Paris: le 11e nord et le 10e sud, ainsi que dans le 19e et le 20e (je parle de ce que j’ai vu seulement). Premier paradoxe: al-Qaïda pourrit l’image des musulmans, et voilà que les gens s’affirment musulmans! Certains musulmans agissent ainsi pour montrer qu’il y a un autre islam, conservateur mais pacifique et digne. Pour d’autres, cette réaction ressemble au syndrome de Stockholm, les musulmans se sentant prisonniers des islamistes et s’identifiant à eux.

La France semblait épargnée, grâce à trois facteurs: la moindre colère musulmane puisque Chirac s’abstient d’intervenir contre Saddam; le calcul de la part d’ al-Qaïda de ne pas tout de suite toucher à la France; et aussi par l’action policière préventive.

LE TOURNANT ILAN HALIMI

Puis la tragédie Ilan Halimi. L’enlèvement de cet infortuné jeune homme arrive alors que la frénésie des enlèvements crapuleux-idéologiques en Irak se multiplie. Daniel Pearl exécuté au Pakistan, des Américains décapités en Irak, des cadavres calcinés pendus aux cables électriques, et d’innombrables rençonnements … voici l’œuvre du proto-Daesh, à l’époque encore une branche d’ Al-Qaïda. En France la jeunesse arabo-musulmane et noire et parfois même portugaise ou gitane d’origine, délaissée et marginalisée (ne cherchons pas tout de suite à qui la faute) est impressionnée. Les petites frappes acquièrent des idées. Elles rackettent, enlèvent parfois, des musulmans en banlieue, sans que la chose soit médiatisée. Puis ces malfrats élargissent les cibles: ils attaquent la société hors ghetto. Un vendeur de téléphonie mobile est parfait.

C’est là que le mimétisme entre en jeu. Youssouf Fofana mène l’opération avec une gitane, un portugais, et d’autres compagnons de crime. Ils se rendent compte du potentiel énorme d’avoir un juif entre les mains: membre d’un groupe ethnique nécessairement friqué selon eux, et accessoirement pour Fofana ennemi ethno-religieux potentiel. La négociation  avec la famille commence, la police conseille l’hyperdiscrétion pour deux raisons: le silence permet de débusquer discrètement le malfrat; et puis l’on n’adore pas comptabiliser les crimes contre les juifs à cette époque-là. Sur ce 2e point, le double objectif tacite des gouvernants: ne pas attiser l’antisémitisme, et aussi l’occulter pour ne pas l’avouer. Mais l’affaire Ilan Halimi se complique, Fofana s’entête et la famille ne voit aucun résultat. La presse découvre l’affaire. C’est alors que Nicolas Sarkozy, ministre de l’intérieur, dévoile l’affaire en proclamant soudainement son aspect essentiellement antisémite. Pourtant, Fofana n’est pas le Hezbollah où le Jihad islamique ou proto-Daesh qui kidnappe des soldats israéliens. Le CRIF, jusqu’alors coi, suit le ministre et voilà! le caractère quasi-exclusivement antisémite de l’enlèvement s’installe. Fofana lui-même vire à l’islamisme homicide pathologique, dans une dérive psycho-djihadiste accélérée qui est aujourd’hui bien connue.

L’ennui, c’est que dans la psyché profonde des jeunes de banlieue, la riposte massive du gouvernement et de la justice contre Fofana, et la sacralisation du deuil d’Ilan Halimi supplicié, les isolent encore davantage de la nation. Je ne peux pas le prouver, mais on sait certaines choses: les rançonnements ne concernaient pas uniquement des juifs, ce n’est pas “juste” d’ignorer les victimes musulmanes. La double impression  que les juifs sont des gens “pas-touche”, et que les victimes musulmanes ne comptent guère, se répand. Pendant tout ceci les idées salafistes progressent et les méthodes monstrueuses d’Al-Qaïda proto-Daesh inspirent les esprits égarés par tant de sous-éducation, de religion non-intellectuelle venue d’outre-Méditerranée, et de culture des gangs américains. Le cocktail est explosif dans les quartiers fortement musulmans.

SUR LE PLAN POLITIQUE: L’ULTRA-GAUCHE

En parallèle, l’ultra-gauche continue son pro-palestinisme exacerbé. Non pas que la cause palestinienne soit mauvaise en soi. Mais l’on importe indistinctement en France une idéologie du Hamas, mélangée à du radicalisme révolutionnaire laïc marxisant de type FPLP (Front populaire pour la libération de la Palestine). Le sentiment blessé post-colonial chez les maghrébins d’origine se réveille si même il existait auparavant, et l’ultra-gauche n’est pas hostile au revanchisme anticolonial teinté d’indigénisme de la République. L’antisionisme moderne se développe là.

C’est ainsi que le principal contempteur d’Alain Finkielkraut, B.W.B., se place dans une lignée bigarrée: ressentiment anti-juif quasi anti-bourgeois, islamisme, ultragauchisme antisionisme.   et que la forte dénonciation de cet individu n’est pas purement positive. On lui imputerait presque le supplice d’Ilan Halimi, alors qu’il en est sans doute bien loin dans l’esprit. Certainement, il se complaît dans une haine outrancière des “sionistes”, et lui et ses comparses ne s’identifient visiblement pas aux Gilets jaunes normaux, dont ils arborent le vêtement par camouflage. Ils insultent Ingrid Levavasseur, égérie Gilet jaune, qui tente de défendre l’honneur du mouvement.  B.W.B. et consorts portent en eux plusieurs rejets: celui de la France traditionnelle (même pas traditionaliste); celui des Juifs, manipulateurs d’idées et tortionnaires de Palestiniens (définition même du sioniste dans leur esprit); et même un dédain pour les pratiques civilisées si chères aux Occidentaux que sont les manifestations sans haine raciale, la tolérance des adversaires politiques, et la sanctuarisation de la Shoah. Ce petit groupe était si intellectuellement rudimentaire que ses membres hurlent “va à Tel Aviv” alors qu’en théorie ils ne reconnaissent pas le droit d’exister de cette ville totalement construite par les sionistes !

Quant aux Insoumis, ils sont malheureusement pour eux trop à gauche pour échapper à l’influence des antisionistes d’ultragauche. Ils se débattent péniblement pour se démarquer. Leur antisionisme de bon aloi (selon eux) n’est pas viable dans le contexte actuel, ils sont fatalement rejetés vers les radicaux. Car l’antisionisme est devenu ce qu’il devait devenir: un quasi antisémitisme par dérivation.

En effet l’antisionisme anticolonial, palestinisé et radicalisé devient raciste. Car si cette attitude n’était pas originellement racialisé (c’est-à-dire basé sur des considérations de races), il s’en rapproche aujourd’hui. Le clivage né il y a 15 ans a procédé de deux frustrations: la perplexité face au traitement préférentiel du cas Ilan Halimi, et la gifle d’avoir perdu Saddam Hussein dernier homme fort musulman de classe mondiale. L’antisionisme radical gauchiste s’y mêlant, le juif peut paraître comme un  un criminel contre l’humanité dès lors que sioniste. L’on peut donc exécrer tous les juifs qui croient au droit des Juifs d’avoir un État-nation au Proche-Orient. Le seul bon juif est celui qui répudie les Juifs sionistes. Ainsi le Juif acceptable est un Juif homologué par les antisionistes. Il est facile de voir la proximité au racisme pur de cette attitude. Le racisme n’est pas uniquement un délire pseudo-biologique nazi.

RÉPARER LE DIVORCE

Et voilà que le divorce symbolique entre les Français de condition modeste d’origine maghrébine (ou turque ou sahélienne) et les Français de souche ou assimilés, expose ceux-là à des pulsions terribles. Les images provenant du Moyen-Orient ne vont pas les calmer! Tsahal contre des jeunes lanceurs de cailloux, Tsahal qui rase des maisons, Tsahal qui envoie l’aviation contre les lanceurs de missiles… L’effet des images est inéluctable, même si je tente souvent de le rectifier. Par contre le soldat de Tsahal abattu, l’acte de terrorisme contre des civils israéliens, c’est moins visuel, moins dramatique, moins David contre Goliath. Les Israéliens le savent, mais n’ont pas trouvé la parade. Ces images atteignent les banlieues françaises.
C’est ancré dans trop d’esprits jeunes et moins jeunes, surtout musulmans.

J’admire les musulmans qui arrivent à s’extraire de l’attraction vers ce radicalisme facile, vers cette glorification implicite portée par l’ultra-gauche, voire par les Insoumis anticolonialistes et repentistes.
Ainsi, l’État aurait dû interpréter différemment le cours de l’histoire depuis 15 ans. Mais il n’a pas su, ni lui ni la classe politique, ni la société civile en général sans oublier la presse. Je pense que l’on peut ainsi savoir pourquoi l’antisionisme monte, et que l’on peut imaginer qu’il finira par rattraper l’antisémitisme pur. Est-il encore temps pour éviter la fusion complète des deux “ismes”? Le président Emmanuel pense  implicitement y réussir, lui qui évite de pénaliser l’antisionisme comme forme de racisme. Déconstruire le mal en ses parties inhérentes, et les neutraliser une à une. Quelle société peut réussir cela? Celle qui s’y voit obligée.

 

La France garante des Kurdes de Syrie: Macron s’engage, Erdogan enragera-t-il?

Le président de la République s’est exprimé aux Armées dans l’unique cérémonie de vœux catégoriels de l’année, ce 17 janvier dernier. Et il a lâché des points de toute première importance pour l’histoire de France, dont je relève surtout celle-ci: les Forces françaises restent en Syrie! Nos alliés des FDS (Forces démocratiques syriennes) ne doivent pas être lâchés. Car ils ont combattu, et combattent encore, Daesh.
Ce commentaire, d’apparence anodine, oriente clairement la politique étrangère française en Syrie. Il s’agit des Kurdes, regroupés dans une structure appelée YPG colonne vertébrale des FDS. Avec 20 000 effectifs, quasi entièrement issus de la population kurde de Syrie, les YPG (milice de défense populaire) forment un groupe aux deux fonctions: combattre Daesh, aspirer à un mini-Kurdistan syrien, et attendre de se faire trahir.
Le président ne dit toujours pas qui sont les Français qui travaillent avec les Kurdes. L’allié américain, qui fait ouvertement état de ses 2000 effectifs, a mentionné la présence de 200 Français, et voilà ! Les Français savaient qui voulaient savoir, et les autorités françaises n’ont pas pas eu besoin de le dire, or personne ne doit plus l’ignorer. Soit dit en passant, voilà une nouvelle doctrine de la défausse institutionnelle: laisser dire autrui, puis agir comme si chacun le savait de source officielle. Cela ressemble à la politique israélienne de ne jamais confirmer “le programme nucléaire supposé mentionné dans les journaux étrangers”. Toujours est-il qu’aujourd’hui, ces Forces spéciales de l’ombre françaises, dévoilées par un ministre américain, sont l’honneur de la France vis-à-vis des YPG, qui eux ont tellement aidé l’Occident à clouer Daesh sur place. Ces YPG souhaitent une autonomie dans le Nord-Est syrien, et ils ont un parti politique, le PYD.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan a fait de la destruction du militantisme nationaliste kurde une priorité de politique intérieure et étrangère. Il suit en cela une vieille constante étatique héritée du kémalisme: les Kurdes n’existent pas en tant que peuple, et leur tentative d’obtenir un État est une agression contre la nation turque. Le PYD n’est donc qu’une extension transfrontalière en Syrie de cette même menace, et agit comme le jumeau du PKK principale milice insurgée kurde de Turquie et classée terroriste un peu partout. Si autonomie kurde en Syrie il devait y avoir — toujours selon la doctrine étatique turque — alors le séparatisme kurde en Turquie en serait encouragé. Une telle éventualité représenterait un péril existentiel pour la nation turque,  toujours selon la classe politique turque et ses flamboyants partisans. Plus près de nous en France, l’Etat français se trouve à protéger les ennemis de l’État turc. Mais la France n’est pas seule, pour paraphraser De Gaulle: la police militaire russe est actuellement entrée dans la ville de Manbij, ville naguère sous contrôle des FDS/YPG. Les forces turques et leurs affidés sont à quelques kilomètres à peine. Voici que l’État russe met en action le souhait du président Macron de ne pas laisser tomber les combattants kurdes de Syrie. C’est aussi compliqué que les guerres d’Italie sous les Borgia.
Beaucoup de frictions à prévoir, en attendant que le président Erdogan enrage.

La diplomatie britannique voudrait sauver l’accord nucléaire avec l’Iran mais reste hostile à Assad, nous dit le ministre chargé du Moyen-Orient

Paris,le 3 septembre2018

Le ministre délégué aux affaires moyen-orientales et au développement international, Alistair Burt, nous a accordé une heure lors d’un récent passage à Paris. La politique étrangère britannique ressemble de près à celle de Paris: sauver l’accord nucléaire, afin que le président Hassan Rohani ait le temps de négocier sereinement des accords annexes sur les missiles et la présence iranienne en Syrie. Il n’y a donc pas d’alignement de Londres sur Washington.

Au sujet de l’assaut imminent sur Idlib en Syrie, Alistair Burt est encore une fois sur la même fréquence d’onde que le Quai d’Orsay: alerte sur l’emploi des armes chimiques, et la question corollaire, où iront les civils? D’ailleurs, les civils syriens réfugiés dans les pays voisins posent eux aussi un problème: eux qui n’appréciaient guère le régime Assad, comment peuvent-ils revenir sous la coupe de la police syrienne sans aucune garantie formelle? Le projet de rapatriement des réfugiés en dépend, et donc les puissances occidentales ne doivent pas relâcher leur pression diplomatique sur le régime. Bachar al-Assad ne peut tout simplement pas être le recours naturel et logique, puisqu’il porte la responsabilité du déclenchement de la guerre civile, et que sa police a commis tant de crimes. Sur ce point toujours, convergence entre Londres et Paris. “Je n’irai pas de sitôt à Damas”. Le ministre excelle dans l’art de l’understatement British!

Alistair Burt, ministre pour le Moyen-Orient, dans les jardins de l’ambassade du Royaume-Uni à Paris, le 3 septembre 2018

Quelques succès occidentaux — je suis obligé de dire occidentaux car Londres n’est plus organiquement dans le concert européen — sur le Yemen: la pression diplomatique a fait diminuer les bombardements saoudiens et émiriens sur les zones houthies, et la coalition saoudienne a pour la première fois reconnu des “erreurs” dans ses bombardement excessifs, et “c’est déjà un grand pas”, dit Alistair Burt.

Sur d’autres dossiers, comme le Liban , ou encore la crise des Rohingya, son appréciation est mixte. Si les Gardiens iraniens de la Révolution passent au Liban, la situation se dégradera complètement. Côté Bangladesh, où 800 000 Rohingya ont trouvé un refuge temporaire, la catastrophe humanitaire n’a pas eu lieu, les ONG et les gouvernements ont eu les bons réflexes sanitaires, et le financement adéquat, et fort heureusement les moussons ont été clémentes. L’avenir de ces populations, dont la vocation serait de rentrer en Birmanie, chez eux, reste incertaine. Burt estime que la Cour Pénale Internationale devra un jour se pencher sur cet exode, les élements constitutifs de génocide étant présents dans le rapport sans concession de l’ONU sur cette tragédie.

En définitive, rien de bien réjouissant sur le terrain, sauf à dire sans le dire que Londres reste proche de Paris, et qu’ensemble les deux savent faire entendre leur différence par rapport à Washington, sans tomber dans les bras de Moscou.

Pour ceux que ça intéresse, voici le verbatim “on the record”.

HH

SYRIE

Idlib: Royaume-Uni a dit que armes chimiques totalmt inacceptables

pas renouvellement Ghouta

irresponsabilité de laisser gens revenir sans garanties pour eux;

Savons que Bachar al-Assad va gagner, mais trop sanglant et risque sur rentrants. Arrestations, avis de décès, conscriptions forcées.

Je ne vais pas aller à Damas de sitôt, moi ministre.

Mme ASMA AL ASSAD: nationalité britannique révoquée

Yemen, Martin Griffith Foreign Secretary

Houthi missilesu

Genève bientôt

la Coalition a admis erreur dans frappes deplorables, une 1re notable

ne pas reproduire

pas d’offensive massive sur Hodeida, certaine retenue.

Royaume-Uni sait qu’insurrection a tout commencé, donc pro coalition, insurgés doivent le reconnaitre et accepter

Libye: milices doivent être restreintes,

Ghassam Salame y travaille .

trop de convoitises sur champ petrolifères.

Haftar?

Iran: ai passé WE avec Aragchi

Royaume-Uni va respecter JCPOA, cherchons moyens bcaires

, problème technique et non politique . JCPOA a réduit tensions, sans JCPOA nouvelles tensions. Vls qu’Iran se conforme toujours et encore

Sorry that US has taken different course.

Personne ne doute que Us n’a pas legitimes questions, dont missiles.

complot pour tuer Giuliani chez MEK

Iran cannot argue that it is Syria to fight Daesh w anti aircraft;

clashes w drones; Royaume-Uni not in discussions but support common sense. with Aragchi all topics mentioned.

ROHINGYA:

Burt est égalment chargé de cela.

Camps Cox’s Bazar: beaucoup mieux, Kotapalunga camp, bonne nutrition et’pas d’épidémie, mousson légère hrsmt ,

130M£ d’aide.

Que faire? Roh disent Birmanie est leur patrie, ils veulent identité.

comment les rapatrier? Entrée des ong en Birm est nécessaire . changement culturel et politique,

et merci Bengladesh.

Rapp ONu a soulevé “génocide”, il faut appliquer cette norme internationale. Gros défi international, pas purement national.

WFP veut présence internationale durable.

ISRAEL

nouvelle LOI NATIONALITté : on s’y attendait, mais cela n’aide pas la situation.

voir cf ONU sem dernière sommet sur médiation, archevêque Cantorbery

[off the record: we cannot fully rule out a war.

BURT 8 fév 2018

président Abbas pense encore que les États-Unis sont clé

Q Marine Hay: pourquoi France a oragnisé réunion année dern sur P-O ?

BURT: oui, Britanniques ont influence et regard là bas, mais c’est affaire Israël Palestine , il y a Golfe. ET Israéliens et Palestiniens ont de pires ennemis que leur vis-à-vis .

Le plus cela traîne, le plus ça se complique.

Royaume-Uni souhaite nouveau rapprocht à la 2015 entre AKP et PKK

Depuis Sotchi, on sait que Genève reste seul chemin. Kremlin sait qu’ il faut que régime Bachar al-Assad vienne de manière sérieuse aux négociations, non pas simple bonjour.

Les nouvelles attaques chimiques à Ghouta, et vls que régime et partenaires

current absence of Common Investigative process, thru Russian withdrawal, is a blow. But we need accountability, the international mechanism to deal w breaches is absent, and history tells UN to look for new mechanisms.

Quickest way: to stop those who use chems , to warn those who aid and abet to stop.

Removing terrorists, and making sure that does not reappear, is a concern for Erdogan who fears reappearance of PKK terrorism.

Wall between Israël and Lebanon: (Q hussein): both governments seek to avoiidthis confrontation. Israël worried about Hezbollah, and Iranien presence. If Pasdaran try to settle in Leb, then that is very bad.

Royaume-Uni proscribes Hezb military wing,

Iran :

complexe État,

normalisation relations pour aider son économie est une clé;

government Iran knows compartimentalisation is not infinite, there is some link to Hezb and there are such voices in Tehran, and other bellicose voices.

About Iran embassy in Royaume-Uni, Royaume-Uni government trying to resolve the problem of the banknotes inn the basement of embassy. (as per Araghchi told the journalists )

France et Royaume-Uni voient le monde de manière similaire.

Royaume-Uni government has no dealings w Hamas, until Hamas moves towards quartet principles,

Huthi contact there is an understanding that if negotiated solution the Huthis must be involved.

One tragedy of Yemen: the National Dialogue almost worked but spoiled by the strongmen; a sufficiently federated/autonomous state is solution. No one from outside can find a way, it would be going on a fool’s errand.

Trump remporte un gros succès au Mexique en décrochant accord commercial

Les détails restent cependant très flous

Le président Donald Trump, en direct devant les écrans de télévision, a scellé un nouvel accord commercial avec le président mexicain Enrique Peña Nieto. L’ALÉNA, Accord de Libre-échange nord-américain plus connu sous son acronyme anglais de “NAFTA”, a été renégocié avec le Mexique. Peña Nieto lui-même le reconnais au téléphone, sur haut-parleur avec Donald Trump, parlant en espagnol puis étant traduit par la voix d’un interprète (en mode alterné). Curieusement, DJT n’a jamais fait de pause de son côté pour le traducteur, sans doute parce que l’évènement visant le public américain.

 

Les deux hommes ont égréné pendant 10 minutes leurs divers motifs de satisfaction. DJT a évoqué de manière sybilline une future coopération entre les deux États “sur la frontière”, ce qui implique mais ne nomme pas le mur. Évidemment cet aspect n’a pas été un total succès, sinon l’on l’aurait mentionné: la République mexicaine ne financera pas son Mur.

 

Peña Nieto a cependant incité DJT a obtenir un accord avec le Canada. À plusieurs reprises, le Mexicain a évoqué le Canada. Ceci marque une autre primeur: deux présidents qui en direct et en public parlent d’un État tiers! Les règles d’étiquette diplomatique n’existent plus.

 

La question est maintenant posée: DJT n’est-il pas en train de réussir? Refaire “NAFTA, cette arnaque” comme il a dit au téléphone; et se rapprocher de Kim Jong-un, “un dirigeant qui sait se faire aimer de son peuple”. Sans oublier  les relatifs progrès de sa position dure sur l’Iran nucléaire. La réussite en général, pour un dirigeant, ne se manifeste-t-elle pas par des résultats concrets? Pour l’heure, DJT n’a que des amorces de résultats à venir. Impossible donc de le juger, mais il est possible de différer le verdict. Alors jusqu’à quand faudra-t-il attendre pour voir des Traités ou Accords totalement rédigés, dans les règles du droit international, et un début d’application concrète? Et quand verra-t-on Kim Jong-un démanteler son arsenal nucléraire? DJT peut s’attribuer des avancées, mais non pas le succès final et définitif. Par contre, l’ouverture diplomatique concernant la Russie de Poutine est clairement gelée. Parler à Poutine est facile, parler au Congrès ne l’est pas.

 

DJT joue la montre, car la reconduction de la Chambre des Représentants et d’un tiers du Sénat se fera le 6 novembre.  Or cette date est trop proche pour que le verdict sur les nouvelles ouvertures diplomatiques puissent être classées comme succès. Ces ouvertures seront quant à elles récupérées par la propagande électorale républicaine, ce qui est de bonne guerre en politique électorale américaine. Cette politique que j’appelle l’équivalent moral d’une guerre, mais sans effusion de sang.