L’on a souvent des surprises à Woodstock, New York, et bien loin de l’image d’Épinal des hippies et rockers d’autrefois. À la librairie du village, une présentation de livre, de Gabriel Motola, écrivain américain juif mais totalement laïc. Dans la librairie Golden Notebook il y avait au moins 40 personnes, presque tous d’âges mûrs voire très avancés, et plusieurs rescapés du Troisième Reich, dont même une Française fille de rescapée, et un autre auteur dans la salle, Norman Manea, il a sa fiche Wikipedia.

Gabriel Motola, critique littéraire, se penche sur la question de l’Holocauste. Woodstock, août 2018

Dans son livre They Bore Witness Motola a analysé, voir interviewé pour le cas des vivants, les œuvres littéraires de rescapés eux-mêmes devenus commentateurs de leur calvaire. Primo Levi (dont je viens de lire Se questo è un uomo), et Norma Manea donc, survivant roumain et romancier et littérateur installé aux États-Unis depuis son entrée en dissidence en Roumanie dans la décennie finissante du communisme, entre autres. “L’antisémitisme renaît un peu partout, et demeure presque impossible à expliquer. C’est comme une constante de la civilisation occidentale”, a-t-il dit.

Après les témoignages de l’assistance — une vraie affaire de témoins de l’Holocauste ou d’enfants de survivants– nous avons eu droit à la tirade anti-Trump issu du public. Motola a rejeté l’idée que Trump était le nouvel Hitler, “non, je ne le vois pas œuvrer à la liquidation physique de groupes ethniques entiers”, et quelqu’un d’ajouter “pas encore”. Ambiance de l’Amérique de gauche libérale.

Tout le monde s’est malheureusement dispersé en un clin d’œil, je n’ai pas pu continuer de discuter, même pas avec le juif néerlandais qui a été caché aux Pays-Bas par une famille indonésienne, mais dont les frères et sœurs dans d’autres familles ont été raflés, sa mère non, son père ayant péri à Auschwitz. Les gens ne restent pas pour converser, un autre problème occidental.

Curiosité personnelle: pourquoi des Indonésiens seraient-ils épargnés par les Nazis? Le monsieur néerlandais sauvé par eux ne savait pas très bien, mais j’ai mon idée: les Indonésiens étaient quasiment devenus des sujets de l’Empire japonais qui avait envahi les Indes Orientales Néerlandaises. Les indigènes avaient été remontés contre les Néerlandais. Je m’imagine que les alliés, même approximatifs, du Troisième Reich, ont été épargnés sur les territoires conquis. Les guerres sont toujours pleines de détails particuliers, sur des cas isolés, car seuls les cas isolés ont survécu à ce qui devait être leur mort. Primo Levi a survécu à Auschwitz car chimiste il a été affecté à l’usine de caoutchouc synthétique (buna), ce qui l’a sauvé, comme l’a justement rappelé Gabriel Motola.
HH

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